14/05/2021
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Kinshasa, le 09 avril 2021 (caitasdev.cd) : « La situation de l’insécurité à l’Est est un véritable drame qui affecte tout le pays. En effet, on ne peut pas espérer le développement de ce pays (Ndlr : la République Démocratique du Congo/RDC) tant que l’Est restera sous contrôle des prédateurs. Nous sommes invités tous à assumer nos responsabilités et à resserrer davantage nos liens de solidarité et de fraternité (I Co 12, 26) ». Cet appel émane de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO). Il est contenu dans un message de son Comité Permanent, intitulé « Arrêtez de tuer vos frères », lu jeudi 08 avril 2021 à la presse par son Secrétaire Général, Monsieur l’Abbé Donatien Nshole.

D’entrée de jeu, ce message se veut une communication spéciale sur les constats faits par une délégation des Evêques de l’Association des Conférences Episcopales de l’Afrique Centrale (ACEAC) et de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), en mission pastorale d’écoute et de réconfort à l’Est du Pays, notamment dans les Diocèses de Goma, Butembo-Beni et Bunia, du 14 au 26 janvier 2021.

Au cours de cette mission, les Evêques ont prié avec les populations, et ont échangé avec les représentants de plusieurs couches de la société. Ils ont aussi visité des personnes vulnérables ou en situation de détresse. Ils ont en plus adressé à leurs frères et sœurs des messages de paix, d’espérance et d’appel à l’unité. Lors de leur session ordinaire du Comité Permanent tenue à Kinshasa du 22 au 25 février 2021, ils ont, au regard de l’importance des informations reçues, levé l’option de faire un plaidoyer conséquent auprès du Chef de l’Etat et de rendre publiques leurs recommandations « dans l’espoir d’obtenir une grande mobilisation pour lutter contre les causes profondes de cette insécurité ».

En effet, depuis plus de deux décennies, l’Est de notre pays est particulièrement secoué par des conflits armés et une insécurité récurrente y causant morts, désolation et déplacements des populations. « Malheureusement, toutes nos interpellations à travers nos différents messages socio-politiques ne trouvent pas encore d’échos conséquents de la part des personnes concernées », déplorent les Evêques catholiques de la RDC.

 Malgré cela, « la CENCO demeure engagée à accompagner le processus de la construction de la paix et de la cohésion sociale. En vertu de notre mission pastorale, nous travaillerons, au niveau interne et externe, à consolider la fraternité entre peuples et communautés afin que des ennemis se tendent la main et que des adversaires acceptent de faire ensemble une partie du chemin (Cf. Is 11, 6-9) », déclarent les Evêques, en expriamnt une fois de plus leur compassion et leurs condoléances les plus chrétiennes aux familles éprouvées, victimes des violences et des pillages, tout en implorant l’intercession de la Sainte Vierge Marie, Notre Dame de la Paix, pour la grâce d’une paix durable en RD Congo et dans la sous-région des Grands Lacs.

Diverses recommandations formulées

Mais, la CENCO indique qu’il ne s’agit ici que de la situation relative à l’insécurité dans le Nord-Kivu et dans l’Ituri. Une autre mission d’écoute et de réconfort est projetée dans les mois prochains au Sud-Kivu où la situation sécuritaire demeure très préoccupante. Des constats faits, il ressort clairement que l’insécurité dans cette partie du pays est une réalité très complexe et pour la vaincre il faudrait une conjugaison d’efforts à plusieurs niveaux. C’est pourquoi les Evêques recommandent :

La refondation structurelle (Présidence de la République et Gouvernement central)

Nous préconisons une refondation de la vision, des approches et des Structures à divers niveaux : politique, militaire, police, services des renseignements, humanitaire, partenaires du Congo.

L’épuration de la solde des militaires (Présidence de la République et Gouvernement)

Que diligence soit faite pour régulariser la paie de la solde des militaires, surtout celle des soldats de rangs, et vérifier la meilleure utilisation des ressources allouées aux unités engagées dans les opérations, la maîtrise des effectifs et la bonne tenue de la logistique sur le théâtre des opérations. Détourner la solde et la ration des militaires au front est un acte criminel.

La permutation effective des officiers affectés à l’Est (Ministère de la Défense et Etat-Major)

Il s’avère urgent et nécessaire de déplacer tous les officiers militaires ayant évolué dans les différentes rébellions ou groupes armés à l’Est du pays, et mettre à l’écart de la chaine du commandement et de la logistique ceux qui seraient réputés agents-relais des armées étrangères.

Le renforcement des effectifs et des supports logistiques (Gouvernement et Etat-Major)

Nous demandons de renforcer les effectifs des régiments et les doter des moyens logistiques adéquats dont les drones de reconnaissance et d’attaques en vue de réduire les pertes en vies humaines et en matériels.

L’opération militaire du genre « ARTEMIS» (Présidence – Gouvernement – Parlement)

Que plaidoyer soit fait pour une opération militaire de grande envergure à l’instar de la mission « ARTEMIS » qui fut menée, du 6 juin au 6 septembre 2003 en Ituri, par l’Union Européenne au titre de la Politique européenne de sécurité et de défense, sous l’autorité du Conseil de Sécurité de l’ONU, selon sa résolution 1484 du 30 mai 2003.

Le désarmement, démobilisation et réinsertion sociale (Présidence-Gouvernement)

Nous en appelons à l’achèvement du processus de désarmement et de démobilisation, et à la prise en charge des démobilisés cantonnés depuis 2020. Plusieurs d’entre eux sont en train de rejoindre les groupes armés ou grossir les rangs des bandits et des gangsters.

L’observatoire pour la paix et relèvement socio-économique (Gouvernement-Monusco)

Nous conseillons la mise en place d’un cadre permanent de concertation pour la cohésion et la paix à l’Est, piloté par un observatoire scientifique multidisciplinaire, et l’implication des leaders locaux dans la sensibilisation à la cohabitation pacifique pour la consolidation du dialogue intra et inter communautaire.

 Le Baraza la amani –Espace de dialogue pour la paix (Gouvernement-Monusco-Eglises)

Nous demandons de développer dans les zones de conflit des espaces de dialogue basés sur la communication de proximité et la promotion des valeurs de citoyenneté.

Le partenariat bilatéral et multilatéral

Nous recommandons aux partenaires internationaux et pays amis de la R.D. Congo de communiquer davantage sur leur vision de la paix dans ce pays, et de s’impliquer pour le renforcement des mécanismes de certification des produits agricoles et miniers qui circulent dans la région.

La conversion

La guerre est la mère de toutes les misères, elle affecte toutes les sphères de la société et compromet l’avenir de nos enfants. A ceux qui ont pris les armes nous disons : « Arrêtez de tuer vos frères (cf. Gn 8-9). Celui qui hait son frère est dans les ténèbres (1Jn2, 10-11). Nous invitons ceux qui sont entrainés dans le spectre de la division à savoir que c’est par amour et l’unité que l’on peut vaincre le mal et briser le spectre de la violence.

« Aussi, recommandons-nous, pendant ce temps de Pâques, la proximité de toute la communauté nationale avec nos frères et sœurs de l’Est, en réservant un temps de prière pour la paix à l’Est du Pays », ont conclu les Evêques.

Guy-Marin Kamandji

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