09/04/2020
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Tshikapa, le 05 février 2018 (caritasdev.cd) : l’air triste et rêveur, Mme Denise Ndekenya semble partager le sort d’une centaine de femmes assises sous l’un des hangars de la paroisse Saint Augustin de la Commune de Ngazala à Tshikapa.

En fait, elles sont toutes les rescapées des massacres perpétrés dans certaines parties de leur Province du Kasaï, au centre de la RD Congo, par des miliciens se réclamant du défunt chef coutumier Kamuina Nsapu.

Le 15 avril 2017, elle était hospitalisée dans un centre de santé près de la localité de Tshinota vers Kamonia, après avoir subi une intervention chirurgicale. Une cicatrice de près d’un centimètre traverse encore plus de la moitié de son ventre. C’est ce jour-là que son village a subi l’incursion des miliciens Kamuina Nsapu. Le bilan s’est soldé par de nombreuses pertes en vies humaines, pillages des biens et incendie de cases.  Son mari et trois de ses enfants ont ainsi été tués à l’arme blanche.

« Moi, j’étais hospitalisée, opérée. J’avais 5 enfants et un mari. Maintenant, j’ai plus que deux enfants qui étaient avec moi à l’hôpital. Les trois autres et mon mari ont été tués, aux dires de mes voisins », commence à relater d’entrée de jeu Mme Denise. « Que ferais-je maintenant ? J’ai beaucoup de chagrin », s’interroge-t-il, amère et dans un lingala approximatif. « Mes parents ne sont même plus là ! Que ferais-je maintenant ? », répète-t-elle, comme se parlant à elle-même.

Après avoir appris ce qui est arrivé à sa famille, Mme Denise a dû quitter le centre de santé avec des voisines. Le voyage pour Kamonia, ensuite vers Tshikapa était de tout danger. Il fallait évoluer difficilement dans la brousse pour ne pas rencontrer les miliciens. Les mauvaises rencontres se soldaient par des morts, voire des décapitations. « Ce voyage dangereux a duré un mois et demi », précise la veuve.

Son cri du cœur : un logis, la nourriture, des habits.  Après un séjour dans une église Néo-Apostolique de Tshikapa où elle bénéficiait de la modeste charité des pasteurs et voisins, Mme Denise Ndekenya loue depuis trois mois une petite case, pour 3.000 Francs Congolais (environ 2 $ Us) de loyer. Mme Denise devant la case qu'elle loue «Malheureusement, j’ai déjà un mois de retard de loyer. Sans ustensiles de cuisine, ni à manger. En plus, cette maison suinte terriblement ! Dieu merci, cette aide de Caritas arrive à point nommé », souligne-t-elle, soulagée, mais apparemment sans grand espoir pour l’avenir. Les cicatrices de son opération continuant à lui faire mal, elle a dû recourir à deux petites filles voisines pour l’aider à porter les vivres reçus jeudi de la Caritas.Mme Denise servie par Caritas à la paroisse St Augustin de Tshikapa (Ph.Caritas / GM Kamandji)

Pour rappel, jeudi 1er février 2018, Caritas Luebo a démarré la distribution d’une aide en vivres et Articles Ménagers Essentiels (AME) à 600 ménages déplacés et familles d’accueil, soit environ 3.600 personnes. Une preuve de la solidarité agissante de l’Eglise Catholique à l’égard des victimes des atrocités des miliciens de Kamuina Nsapu, ainsi que des affrontements les ayant opposés par la suite à l’armée régulière.  C’est le fruit de l’Appel d’urgence (EA29/2017) lancé par la Confédération Caritas Internationalis à ses membres, à la demande de la Caritas Congo Asbl. Mme Denise Ndekenya fait partie de ces bénéficiaires.

Guy-Marin Kamandji (Envoyé Spécial)

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