21/10/2020
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Lolo, le 19 juin 2017 (caritasdev.cd) : Les habitants de Lisala, Bumba et Lolo, dans la province de la Mongala, sont régulièrement victimes des aléas climatiques.

Certains s’entêtent depuis plusieurs années à vivre à proximité des lieux exposés aux risques des catastrophes pour des raisons de pêche ou de manque de moyens financiers. Aujourd’hui, grâce au Programme d’appui à la Résilience des populations vulnérables aux Risques des Catastrophes (PRRC), des communautés concernées sont sensibilisées.

Elles en arrivent à prendre conscience des menaces dont elles font face. Elles sont enfin décidées à quitter ces lieux à risques, en espérant un petit appui administratif, matériel et en formation de la part des autorités publiques compétentes ainsi que de divers acteurs humanitaires et de développement. Financé par la DGD à travers la Caritas International Belgique (CI.be), le PRRC entend contribuer à cette dynamique. Il est mis en œuvre par les Caritas Diocésaines de Lisala et de Lolo, en collaboration avec Caritas Congo Asbl.

Las de perdre régulièrement leurs maisons et autres biens…

En fait, las de perdre régulièrement leurs maisons, champs et divers biens, emportées par les vents violents, les inondations ou les érosions, ces communautés se mobilisent pour atténuer les effets néfastes de ces menaces sur leurs milieux de vie. Le PRRC va accompagner ces communautés, à travers un noyau de représentants qu’elles se sont choisies, à mettre en place des actions de petites envergures, comme la construction de diguettes ou de murs de soutènement, le creusage de puits de rétention et de fossés de drainage des eaux de surface, le reboisement et la couverture végétale, etc.

De dizaines de maisons déjà emportées par cette érosion, qui menace aussi la cathédrale de Lolo (Ph. GM Kamandji)

L’appui qu’apporte le PRRC aux communautés

Au-delà de ces actions locales, portées par les communautés, le PRRC va mener les sensibilisations et plaidoyers, notamment au niveau provincial, à travers la mise en place d’une cellule de coordination humanitaire qui associe la partie gouvernementale et les organisations de la société civile, dont Caritas. Un mécanisme de veille opérationnel sur l’ensemble de la province permet également de transmettre à cette cellule les éventuels dégâts et pertes recensés lorsqu’une de ces menaces s’est mue en catastrophe.

 

A l’issue de sa mission de suivi de la mise en œuvre dudit programme à Bumba et Lolo, Mlle Juliette Maquart, Responsable des Programmes à la CI.be en RDC, s’est réjouie mercredi 14 juin 2017 de l’ancrage progressif du PRRC auprès des communautés locales à Lisala, Bumba et Lolo.

 

Causes des menaces : niveau bas des quartiers par rapport au fleuve, absence des caniveaux et d’arbres

Caritasdev.cd rapporte dans les lignes suivantes les propos de ces communautés vulnérables, qui ont répondu aux questions de l’équipe de Caritas au cours d’une séance publique dans quatre différents sites.   « Nous sommes victimes des inondations et des érosions, d’abord à cause du niveau bas de notre quartier par rapport au fleuve. C’est ensuite par manque de canalisations des eaux. Certains caniveaux construits à l’époque belge sont aujourd’hui bouchés. Par ailleurs, des constructions anarchiques barrent le passage des eaux dans certaines parties de notre quartier», a indiqué le Président du Comité RRC du quartier Lokele-Moluwa, à près de trois km de Bumba.

Mr Philippe Limengo, pasteur de son état, a ajouté par ailleurs que son quartier se trouve « dans la direction d’où proviennent les vents violents ». Un autre membre du Comité a renchéri en soutenant que ce quartier, voisin du fleuve, se trouve dans une vallée non protégée par des arbres. « Si des possibilités nous avaient été offertes, nous aurions pu reboiser notre quartier pour le protéger des vents violents ».

Mme Madeleine Waofunga, avec quatre enfants et ceux de son grand-frère, a rappelé l’inondation de 1997 : « Cette inondation a duré des mois. Nous avons dû nous déplacer après un mois. Nous avions de l’eau dans toute la maison. Salon, chambres, les lits, tout était sous les eaux, jusqu’aux fenêtres. Nous nous déplacions dans des pirogues pour gagner la terre ferme, jusqu’au moment où nous décidâmes de quitter notre maison ».  Cette dame a mis en cause le bas niveau de son quartier par rapport au fleuve. Elle a reconnu en outre l’absence des arbres dans leurs parcelles ; souhaitant du coup leur plantation pour les protéger des vents violents. « Nous ne pouvons pas croiser les bras. Nous sommes engagées à participer aux actions envisagées par la Caritas », a-t-elle conclu.

 

Divers moyens rudimentaires utilisés

« Face à l’inondation, nous essayons d’abord de faire remonter le niveau de nos parcelles victimes régulières de l’inondation. Nous ici à Lokele-Moluwa, nous procédons ensuite à l’installation des ‘étalages’ sur lesquels nous faisons monter enfants et biens lorsque les eaux pénètrent dans les maisons. Nous passons aussi nuit dans les pirogues ! Et, si la menace perdure, nous nous déplaçons vers des quartiers ‘arides’ », a renseigné Mr Jérémie Folo Lisasi. « Face aux vents violents, et pour nos maisons en paille, nous plaçons des troncs d’arbres sur la toiture », a-t-il poursuivi.

A ces petites actions individuelles, s’ajoutent d’autres communautaires. « Du côté des confessions religieuses, nous sensibilisons les chrétiens pour des travaux collectifs afin d’atténuer les menaces », a souligné Pasteur Jérémie Folo Lisasi.

Le moyen extrême utilisé par les communautés affectées par ces menaces, c’est le déplacement vers un autre quartier moins exposé. Mais, certaines familles n’y recourent pas, préférant se battre sur place.

 

Aide extérieure quasi inexistante et inappropriée

« En 2007, le ministère des affaires sociales nous avait remis des ustensiles de cuisine, des bâches ici au quartier Lokele-Moluwa. Mais, ça n’a pas eu d’impact sur notre triste situation. En 2014, nous avons encore reçu de quelques députés des sommes variant entre 50 et 100 $ US. Une fois de plus, sans solution durable. Récemment, nous avons reçu une barre de savon et un kilo de riz, don reçu du Ministère de la Solidarité nationale. Cette aide n’arrive vraiment pas à résoudre notre problème. Nous espérons toutefois que, comme nous sommes sensibilisés par la Caritas, qui  a déjà commencé à nous faire bénéficier des formations adéquates, nous pourrions parvenir à des solutions durables », a insisté Mr Philippe Limengo.

Toutefois, au site Nzongo de Bumba, tout comme de Yalinkiko et Yaliko à Lolo, la plupart des personnes réunies ont soutenu n’avoir jamais reçu d’aide humanitaire depuis qu’ils souffrent de différents aléas climatiques.

 

Communautés s’expriment : « Nous avons marre de perdre nos maisons chaque année… »

Après avoir été sensibilisées face aux menaces auxquelles elles s’exposent, parfois elles-mêmes, les communautés interrogées en arrivent à comprendre la nécessité de se délocaliser. Elles souhaitent voir Caritas, voire d’autres acteurs, les aider à trouver d’autres endroits pour sécurisants, face aux inondations et aux érosions. « Soit pour  des campements temporels en cas d’inondations ; soit de manière durable pour construire des maisons, au lieu d’être continuellement menacés », a plaidé l’ingénieur Balanga, père de 11 enfants, vivant tous dans une même parcelle avec ses petits-fils au quartier Lokele-Moluwa.

Parmi d’autres moyens souhaités, Mr Ruffin Lifete, membre du Comité Lokele-Moluwa, a cité la construction d’une digue pour empêcher l’eau des cours d’eau de les atteindre. Solution couteuse qui n’est pas prévue par le programme PRRC.

Mr Jérémie Lisasi a précisé quant à lui que « nous comptons contribuer, nous communauté, avec nos moyens propres, à participer à l’initiative de Caritas pour un développement durable de notre quartier ». Ce pasteur héberge huit enfants dans sa parcelle, dont trois fidèles de son église.

 

Enfants et bétails sur des radeaux pour échapper à l’inondation

Même cri du cœur du côté du site Yalindiko, situé à 6 km d’Ekama (à 54 kms de Lolo). Lolo est un territoire situé à 75 km de Bumba dans la province de la Mongala. « Nous avons marre de perdre nos maisons chaque année à cause des inondations. Nous souffrons beaucoup. Nous montons avec les enfants sur des échafaudages construits dans les maisons. Si l’eau déborde davantage, nous quittons les maisons et montons sur des radeaux apprêtés par nos maris. Nous y montons avec nos enfants et nos bétails. Impossible aux enfants de jouer. Nous les portons en permanence. Et juste après, c’est au tour de l’épidémie de nous attaquer (Ndlr : choléra et autres maladies hydriques) », a déploré Mme Mamie Kalangi.

Cette vie précaire sur les radeaux peut durer même trois mois : « nous partons sur la terre ferme couper les herbes et acheter des cossettes de manioc au marché pour nourrir nos bétails sur les radeaux. Ceux qui meurent (chèvres, moutons, …), nous les mangeons », a relevé un quinquagénaire, provoquant le rire au sein de l’assemblée ; près de 196 personnes réunies dans une grande case en forme d’église de Yalindiko. Les enfants vont à l’école en pirogue jusqu’à la terre ferme pour atteindre Ekama où se trouve également le centre de santé.

Photo de famille après entretien entre l'équipe Caritas et la communuaté Yalindiko, au bord de la rivière Itimbiri (Ph. GM kamandji)
Photo de famille après entretien entre l'équipe Caritas et la communuaté Yalindiko, au bord de la rivière Itimbiri (Ph. GM kamandji)

Cette communauté est convaincue qu’elle ne doit plus subir les inondations continuellement. Elle est prête à quitter le village. Mais, il y a deux préalables : obtenir non seulement l’autorisation des autorités politico-administratives, mais aussi l’accord d’une autre communauté voisine avec qui elle serait en conflit foncier. « Vraiment, nous voudrions quitter cet endroit où nous devons reconstruire nos maisons presque chaque année. Ce serait bon pour que nous soufflions un peu! », a souligné un membre du Comité RRC.

A Yaliko, un village étalé sur un kilomètre entre la rivière Itimbiri et des marécages à Lolo, la communauté a la même décision. La sensibilisation de Caritas a porté du fruit. La communauté est aussi prête à quitter le bord de la rivière Itimbiri pour un autre endroit plus sécure, à environ 800 mètres. La dernière inondation ici date de 2016. Mr José Yenga a reconnu avoir reçu en cette triste occasion des articles ménagers essentiels de la Caritas Lolo.

« Mais, à partir de 2014, nous enregistrons des inondations chaque année », a relevé Mme Chantal Ambwaka, Préfet à l’ITM et Logisticienne au Comité RRC Yaliko. « Ici, l’activité principale est la pêche, même si les gens pratiquent l’agriculture et l’élevage », a-t-elle enchaîné.

Heureusement pour la population de Yaliko, en majorité de tribu Mbunja, il n’y a pas conflit foncier en vue. Comme le chef de village, Mr Supa Masumbuko,  elle espère voir Caritas plaider pour elle auprès des autorités compétentes. Mais, pour les deux sites, il est question de pas n’être à plus d’un kilomètre de la rivière. A Yalindiko, comme à Yaliko (centre de Lolo), les communautés riveraines d’Itimbiri ont également cité les épizooties (maladies contagieuses qui frappent les animaux) parmi les menaces dont ils sont victimes, au-delà des inondations, érosions, épidémies et des criquets.

Guy-Marin Kamandji (Envoyé Spécial)

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