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‘’Papa voulait que j’aille dormir avec lui dans sa chambre… ‘’ – Francine, une victime de violence sexuelle PDF Imprimer Envoyer
Lundi, 27 Novembre 2017 07:13

Goma, le 27 Novembre 2017 (caritasgoma.org) – Âgée à peine de 11 ans, Francine vivait dans un quartier périphérique avec son père, un trentagénaire qui fait vivre l’enfer à ses propres enfants, ce, après avoir chassé du toit familial leur mère. Visage fermé, présentant des traits de fatigue, des yeux qui rentrent dans le crâne, des omoplates très visibles et qui ne cachent pas sa perte de poids sensible, Francine est débout dans le hall et attends patiemment d’être reçue par la pharmacienne de l’hôpital ‘’Mungano résurrection’’ à Goma, dans l’Est de la République démocratique du Congo, où, elle et ses frères sont internés depuis maintenant 3 jours.

 

Dans les petits bras de Francine, elle entoure Béatrice sa petite sœur. Cette dernière n’a que 3 ans. Et est internée à l’hôpital pour raison de malnutrition. Mais aussi Augustin, le petit frère de Francine qui a 5 ans. Béatrice gémit et peine à se tenir debout. Malgré ses 3 ans, elle ne pèse que 8 Kg. Et Augustin,  ventre bedonnant et cheveux jaunâtre, présente des signes de retard de croissance et d’une mal nutrition sévère. Quand on les voit, on ne croirait pas tout ce qu’ils vivent. Dans les bras de leur sœur, ils ont l’air de trouver réconfort.

 

Pour mieux comprendre ce qui se passe, il faut revenir une année auparavant. Un soir, le père de Francine bat sa mère la laissant presque pour morte. La faute de cette dernière : avoir mangé un peu d’haricots qu’elle gardait dans la marmite pour son mari… Cette nuit- là, seul Augustin assiste inpuissamment à la scène. Francine elle, absente de la maison, était partie dormir chez une de ses tantes malade.

 

Au petit matin, le père de Francine décide de chasser sa femme, l’obligeant de laisser ses gosses. Celle-ci, ne remettra plus les pieds dans son foyer, laissant derrière elle les trois mômes. Au retour de Francine, la maison était vide. Pas des valises, pas des chaises… Sa mère était partie. C’est à ce moment- là que le calvaire de trois gosses commence. ‘’ Je ne savais pas par où commencer pour chercher ma mère. Je suis restée seule et j’ai compris que je devrais jouer le rôle de maman. Surtout pour Béatrice qui était toute petite encore ‘’, déclare Francine.

 

A 11 ans, Francine n’a jamais mis les pieds à l’école et pourtant, la jeune pubère fait preuve d’une intelligence qui surprend. ‘’Papa ne laisse pas grand-chose à la maison, commence-t-elle. Parfois il arrive qu’il ne  nous donne que 500 FC (moins de 1 dollar), il nous dit alors de se débrouiller pour trouver à manger comme les autres enfants. Et quand il revient le soir et ne trouve rien à manger il nous frappe, Augustin et moi ‘’.

 

Frapper ses enfants ! Le trentagénaire en a fait monnaie courante, dépassant parfois même l’imaginaire. ‘’Il nous frappe à l’aide d’un bâton qui a des épines. Mais surtout Augustin,  car il n’arrive pas à courir plus vite que lui. Moi je me cache dans des broussailles et il ne me voit pas. Je sors de ma cachette que quand j’attends Béatrice pleurer très fort ‘’, affirme Francine. Mais un soir : ‘’Il m’avait demandé d’aller dormir avec lui dans sa chambre. Il disait, ta mère est partie, c’est à toi de jouer son rôle. Ensuite, Il m’avait offert 2000 FC (1 dollar) pour que je couche avec lui… Quand j’ai refusé, il m’a frappé et m’a mis dehors sous la pluie… quand la nuit est tombée, j’ai compris alors que je devrais fuir avec Béatrice pour qu’il ne lui fasse pas du mal aussi ‘’, déclare la jeune pubère.

 

Cette nuit-là, Francine s’en allant dormir avec Beatrice chez une voisine. Un réflexe qui l’a accompagné durant plus d’une année. Ce, à chaque fois qu’elle refusait les avances de son père.  Les enfants ont alors connu la faim, car le père a tout simplement décidé un jour de ne plus laisser de ration parce que Francine ne voulait pas céder à ses envies.

 

Francine a essayé de parler de cette histoire à sa tante. Mais, celle-ci ‘’influencée’’ par son frère (le père de Francine), n’a pas voulu croire en la petite fille ou même récupérer Béatrice ou Augustin chez elle. Il était clair que Francine devrait se battre seule pour survivre.

 

C’est alors qu’après une année de calvaire et à bout de souffle, la jeune fille décide de se plaindre un jour  au -près d’une femme –  Josée – qui avait l’habitude de cultiver dans un petit terrain se trouvant  juste devant sa maison.  Cette dernière juge alors de saisir le chef du quartier où habite la famille de Francine. Mais tous les efforts du chef de quartier pour raisonner le père de Francine restent vains. Et d’ailleurs, devant le chef du quartier, le père nie tout ce qui lui est reproché, jugeant même Francine de mythomane et de sorcière. ‘’ Il est vraiment difficile de parler avec le père de Francine, et en plus il est tout le temps ivre…c’est dommage’’, a regretté le chef du quartier.

 

En attendant que le chef du quartier trouve une solution, Josée décide d’amener l’enfant au centre de Paix de Ndosho, où une trentaine des femmes victimes de violences sexuelles sont accueillies et encadrées par Caritas Goma grâce au financement de Caritas Australie. Elles y bénéficient d’une réinsertion socio-économique pour leur permettre de se prendre en charge en utilisant leurs atouts personnels. L’approche est dite alors ABCD.

 

Au centre, ces sont des conseillères psychosociales, ces femmes qui sensibilisent porte à porte les familles et les communautés pour encourager les victimes à fréquenter le centre de Paix qui accueillent Francine, Augustin et Béatrice. ‘’Le jour où ces enfants sont arrivés ici au centre, j’ai pleuré. J’ai pleuré parce que j’ai pensé à mes propres enfants. Je n’arrive pas à comprendre comment, ni pourquoi des enfants doivent souffrir de la sorte !’’, déclare Lily Mugabe une conseillère au centre de paix. ‘’J’ai alors récupéré tout suite les enfants chez moi en famille, ils n’avaient nulle part où aller et mouraient de faim. Et après 2 jours nous avons couru à l’hôpital parce que Béatrice et Augustin étaient dans un état critique …’’

 

Dans sa prise en charge, Caritas Goma intervient dans une approche holistique. Car si la détection d’un nouveau cas de violences sexuelles se fait souvent à l’hôpital lors d’une consultation médicale ou d’une sensibilisation sur le terrain, cette prise en charge suit un parcours bien défini. Elle comprend une prise en charge médicale, une écoute psychosociale et un accompagnement juridique et plaidoyer. C’est ainsi que, dans le cadre de l’accompagnement Juridique, Caritas Goma met à la disposition des victimes des avocats qui les assistent gratuitement.

 

Dans cette affaire,  la police de la protection de l’enfant et de la femme a été  saisie du dossier et a ouvert une enquête. Mais le père de Francine reste jusque-là introuvable.

 

‘’ Les faits que nous reprochons au père de Francine, Béatrice et Augustin sont la tentative de viol, le délaissement d’enfants et l’exploitation des mineurs ‘’, déclare Me Rosine Ndeturuye, avocate chez Caritas Goma. Nous avons saisi la police chargée de protection de l’enfant et un mandat d’amener est déjà livré. La Police est à la recherche de leur père, présumé auteur de ses infractions. Il devra répondre de ses actes et subir la rigueur de la loi’’, ajoute-t-elle.

 

Mais en attendant que le père de Francine, Béatrice et Augustin réponde de ses actes, Francine elle, se bat contre une autre guerre : ‘’Je veux que ma petite sœur et mon petit frère recouvrent la santé. Je ne veux pas qu’ils meurent’’, déclare Francine d’un air triste.

Et  bien évidement, hors micro de la cellule de Communication de Caritas Goma, Francine veut que son père soit puni. La petite de 11 ans voudrait aussi retrouver sa mère…

Nous les avons laissés à
l’hôpital…

Lydie Waridi Kone

Cellule de Communication de Caritas Goma

 
 
 
 
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