28/02/2020
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Beni, le 30 décembre 2019 (caritasdev.cd): L’insécurité dans le Grand-Kivu était au centre de l’homélie de l’Archevêque métropolitain de Kinshasa en visite à Beni. Le Cardinal Fridolin Ambongo, devant le peuple de Dieu, n’était pas allé par quatre chemins pour dresser un tableau noir de la situation sécuritaire qui prévaut dans ce coin du pays. «Les faits sont poignants et la situation sécuritaire préoccupante. Comment comprendre et comment supporter que dans la seule nuit de dimanche 15 à lundi 16 décembre 2019, 11 civils soient égorgés comme des bêtes par les ADF à Kamango, et qu’en deux mois, près de 213 civils aient subi des représailles des présumés ADF-NALU dans les localités et agglomérations de : Erengeti, Kokola, Mayimoya, Mukoko, Oïcha, Mabasele, Mbau, Mavété en territoire de Beni et Boikene dans la ville de Beni sur l’axe menant à l’aéroport de Mavivi que nous avons visité hier», avait-il déclaré à cet effet.

Et de renchérir : ‘’A toutes les populations de Butembo-Beni, déjà secouées par la maladie à virus Ebola, en communion avec tous les Evêques, et regard des faits, je demande : de tenir bon, de ne pas perdre courage. Car, la vie des Hérodes ne sera pas toujours plus longue que vos peines et souffrances ; de ne pas céder à la division.’’ Ci-dessous, l’homélie de Fridolin Ambongo Besungu, à l’occasion de sa visite pastorale à Beni.

Avec La Prospérité

HOMELIE DE SON EMINCE FRIDOLIN CARDINAL AMBONGO BESUNGU, ARCHEVEQUE METROPOLITAIN DE KINSHASA, A L’OCCASION DE SA VISITE PASTORALE A BENI, LE SAMEDI 28 DECEMBRE 2019

 

« Qu’as-tu fait ? Le sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi » (Genèse 4, 10)

Excellence Monseigneur Melchisedech SIKULI, Evêque de Butembo-Beni,

Excellence Monsieur le Gouverneur,

Mesdames et Messieurs les Autorités civiles, politiques, administratives, religieuses, militaires et policières,

Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,

Salutations et remerciements

  1. Je suis venu vous transmettre la sollicitude pastorale et les salutations du Saint-Père, le Pape François qui est très préoccupé par la situation des populations de Beni. J’ai vu, j’ai écouté, j’ai palpé la misère criante et l’angoisse permanente du peuple qui n’aspire qu’à une seule chose : vivre en paix, travailler en paix.

Excellences, Frères et Sœurs,

  1. Vous rencontrez en ce jour me procure un profond sentiment de soulagement. Les informations qui me parvenaient d’ici me troublaient énormément et ce que j’ai personnellement vu a davantage renforcé ma peine. En effet, notre fraternité dans le Christ, qui nous constitue en un seul Corps, nous pousse à ne pas être en paix lorsque nos frères et sœurs sont en souffrance, comme le dit si bien Saint Paul : « si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui ; si un membre est honoré, tous les membres se réjouissent avec lui » (1 Cor 12, 26). Par cette visite, je voudrais exprimer à Votre Excellence toute ma communion et à toute la population de Butembo-Beni ma proximité priante. Je vous remercie, Excellence Monseigneur l’Evêque, pour l’invitation, et vous tous, pour l’accueil chaleureux que vous m’avez réservé.

Regard synthétique sur la situation

  1. En cette fête des Saints Innocents, je tourne ma pensée vers toutes les personnes innocentes dont la vie a été brutalement arrachée à leur volonté de vivre, d’aimer leur pays, leur Eglise et les leurs ; à toutes ces personnes contraintes d’abandonner leurs maisons et leurs biens pour trouver asile ailleurs dans des conditions précaires.
  2. Les faits sont poignants et la situation sécuritaire préoccupante. Comment comprendre et comment supporter que dans la seule nuit de dimanche 15 à lundi 16 décembre 2019, 11 civils soient égorgés comme des bêtes par les ADF à Kamango, et qu’en deux mois, près de 213 civils aient subi des représailles des présumés ADF-NALU dans les localités et agglomérations de : Erengeti, Kokola, Mayimoya, Mukoko, Oïcha, Mabasele, Mbau, Mavété en territoire de Beni et Boikene dans la ville de Beni sur l’axe menant à l’aéroport de Mavivi que nous avons visité hier. Qui peut admettre que dans le Sud-Kivu, de la plaine de Fizi jusqu’aux hauts plateaux, des attaques contre les civils et affrontements entre les groupes armés se multiplient ces derniers mois, entraînant les déplacements des populations et une forte augmentation des maladies infectieuses touchant particulièrement les personnes vulnérables. Cela ne peut qu’aggraver, dans cette partie de la République, l’insécurité causée par la présence de groupes armés étrangers. Et tout récemment, on me rappelait la situation de Bunia. Devant cette désolation, je peux m’écrier comme Jérémie : on a entendu des cris à l’Est de la RD Congo, des pleurs et de grandes lamentations : Butembo-Beni pleure ses enfants et n’a pas voulu être consolé, parce qu’ils ne sont plus.

Ecoute de la parole de Dieu

  1. La liturgie de la parole de ce jour, tout en nous apportant une consolation, nous offre la clé de compréhension de cette triste réalité : la mort humiliante et le traitement indécent des innocents. Je voudrais personnellement attiré l’attention sur trois faits.
  2. La nécessité d’arrêter la banalisation de la vie des pauvres et des plus petits. L’évangile de ce jour décrit le comportement déséquilibré d’Hérode (un Puissant) qui va en guerre contre des êtres fragiles (des Bébés) juste pour protéger son pouvoir voué à disparaître avec lui et ses intérêts. C’est cette situation qui, malheureusement, continue encore de nos jours. Il y a des individus, constitués en puissants, qui construisent leurs richesses, leur bonheur au mépris notoire du sang de leurs frères et sœurs les humains. A ceux-là, comme à Hérode, je dis fermement : l’être humain, quel que soit sa catégorie sociale ou culturelle, vaut plus que les richesses, le pouvoir et les intérêts partisans. Il n’est donc pas normal de le sacrifier à l’autel des intérêts personnels. La figure d’Hérode symbolise toute personne (physique ou morale), tout individu qui foule au sol la dignité de la vie humaine. Ces Hérodes, on le retrouve aussi bien dans notre pays (tous ceux qui complices de la mort de leurs frères et sœurs) qu’en dehors de la RD Congo. Sachons-le : Dieu ne laissera jamais impunis les actes qui banalisent la vie humaine. Il l’a signifié à Caïn : « qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi. Et maintenant, tu seras maudit de la terre qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère» (Gn 4, 10-11).
  3. En face de la figure d’Hérode, il y a celle de Joseph. La figure de Joseph symbolise le parent responsable qui, en écoutant la voix de Dieu, protège sa progéniture contre les griffes d’Hérode. C’est ce que nous dit l’évangile de ce jour : « Joseph se leva, prit de nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en Egypte » (Mt 2, 14). Voilà ce que doit faire tout responsable : protéger la vie et améliorer ses conditions. Au regard de ces événements affreux, je ne peux m’empêcher de me demander si la RD Congo a encore des Joseph, c’est-à-dire des responsables capables de protéger leurs compatriotes contre les appétits du pouvoir et des richesses des Hérodes modernes qui se multiplies impunément en RD Congo. Car cette situation d’insécurité blesse gravement l’image de l’Etat tant dans cette partie de la République que dans le cœur des populations qui risquent de ne plus faire confiance à l’autorité de l’Etat.
  4. Il est temps de vivre la vraie conversion et de chercher ensemble des solutions efficaces. Les œuvres d’Hérode caractérisées par la tuerie des innocents sont les œuvres des ténèbres. Dans la première lecture, Saint Jean nous invite à entrer en communion avec Dieu qui est Lumière, en abandonnant et en confessant nos péchés (ténèbres) : « si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jn 1, 9). Il est donc temps que chacun de nous abandonne ses motivations funestes, obscurs et égoïstes pour promouvoir les valeurs de la dignité de la personne humaine, de la justice, du travail honnête et de la vraie fraternité.

Conclusion et recommandations

  1. Aujourd’hui, l’Episcopat congolais et toute l’Eglise se lèvent non seulement pour dénoncer ces barbaries inqualifiables mais aussi pour consoler toutes les personnes éprouvées et les rassurer de leurs prières.
  2. A toutes les populations de Butembo-Beni, déjà secouées par la maladie à virus Ebola, en communion avec tous les Evêques, et regard des faits, je demande :
  • De tenir bon, de ne pas perdre courage. Car la vie des Hérodes ne sera pas toujours plus longue que vos peines et souffrances.
  • De ne pas céder à la division. Sachez-le : « Tout royaume qui se divise court à la ruine ; pas une ville, pas une institution ne durera si l’on y est divisé » (Mt 12, 25). Il est certainement évident que des actes de la part des uns et des autres ont déçu la population. Mais ne vous leurrez pas. Nous ne tromper pas d’adversaire. C’est pourquoi, il est nécessaire que toutes les forces engagées sur terrain (Armée, Police, Autorités civiles et ecclésiastiques ainsi que la population) sur terrain travaillent dans la cohésion et se fassent mutuellement confiance et barrer la route à l’ennemi commun. Je salue la bravoure et la vigilance des jeunes
  • Résister à tout discours qui incite à la haine et à la vengeance et à la violence. Ne chassez pas Hérode pour le devenir vous-mêmes envers les autres.
  1. Tout en vous recommandant à l’intercession de la Vierge Marie, Notre Dame des douleurs, je vous souhaite un Joyeux Noël 2019 et une Heureuse année 2020. Amen.

+ Fridolin Cardinal AMBONGO BESUNGU, ofm cap

Archevêque Métropolitain de Kinshasa

 

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