19/09/2019
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Butembo, le 06 juin 2019 (caritasdev.cd) : Caritas Congo Asbl participe à la riposte contre la Maladie à Virus Ebola (MVE) qui sévit actuellement en RDC.  Son réseau national, avec des Caritas Sœurs du Nord, apportent leur modeste contribution à cette riposte. Il s’agit essentiellement de la sensibilisation sur les mesures de prévention contre cette maladie, du soutien au dispositif de lavage des mains ainsi que de la distribution des vivres aux bénéficiaires selon le niveau de vulnérabilité ou d’exposition à d’éventuel risque de contamination à la maladie à virus Ebola. En effet, Caritas Congo Asbl a dépêché dans la région affectée par la MVE l’un de ses agents, chargé de coordonner les actions de riposte contre la Maladie à Virus Ebola (MVE) menées par le réseau Caritas, tout en assurant un appui technique aux Caritas locales. Mr Emmanuel Bofoe, nous parle de ses tâches et particulièrement de l’apport de la Caritas, soutenue par l’Eglise Catholique locales, dans une interview accordée à la Caritas Espagne et dont voici quelques extraits.

« En recourant aux structures de l’Eglise Catholique,  le combat contre cette épidémie devra se mener en impliquant les communautés ecclésiales Base. Dans une communauté Ecclésiale de Base par exemple, tout le monde connait tout le monde. La lutte contre les rumeurs, les résistances ne peuvent se vaincre qu’on collaborant, de façon efficace et étroite avec cette ‘ BASE ‘ de l’Eglise famille de Dieu », souligne-t-il en substance.

Est-ce que vous pouvez me dire qui vous êtes et quel est votre rôle dans la gestion de la présente épidémie MVE ?

Je m’appelle Emmanuel BOFOE, je suis chargé des projets au service des urgences et  technicien WASH (Eau, Hygiène et Assainissement) à la Caritas Congo ASBL. Chargé de coordonner les actions de riposte contre la Maladie à Virus Ebola (MVE) au sein du Réseau Caritas, je suis sur le terrain pour assurer également un appui technique aux Caritas locales, avec l’aide financière des Églises et Caritas du Nord. Permettez que je vous partage mon témoignage tiré de notre expérience de terrain. C’est en fait un témoignage tiré du travail de sensibilisation dans les paroisses, avec la collaboration et l’appui de nos prêtres, de nos Communautés Ecclésiales de Base, qui sont en première ligne de cette riposte aujourd’hui ; cette communauté qui constitue la base même de l’Eglise famille de Dieu.

Combien de Diocèses sont aujourd’hui affectées ?

Jusqu’au présent  5  diocèses : Butembo-Beni, Bunia, Wamba, Kisangani et Goma.

Quelles sont les principales actions que le réseau Caritas est en train de mener ?

La Caritas est l’instrument de la Pastorale Sociale de l’Eglise catholique. La Caritas est surtout engagée au niveau de la communication du risque et engagement communautaire. Notre rôle fondamental est de dialoguer avec les communautés, afin de les amener à adhérer à la stratégie générale de la riposte en termes d’appropriation et de pérennisation des messages clés de la riposte, dans le but d’aboutir au changement des comportements.

A votre avis, quels sont les facteurs qui sont à l’origine des résistances communautaires par rapport à cette riposte ?

  • Certaines personnes convaincues par des charlatans et autres vendeurs d’illusion refusent de croire à l’existence de la maladie. Ces personnes se recrutent, curieusement, même parmi le personnel soignant. Malgré la gratuité des soins décrétée dans toutes les formations médicales officielles, beaucoup de malades se présentent tardivement dans les Centres de traitement pourtant instaurés à cette fin et succombent à la maladie.
  • Attaques répétées contre les équipes de la riposte et les dispositifs médicaux : il a été enregistré plus de 180 attaques contre les équipes de la riposte par des gens qui ne croient pas qu’Ebola existe. Ces attaques s’accompagnent de la destruction du matériel médical, incendie des ambulances, des centre des traitements d’Ebola et entrainent la fuite des malades hospitalisés ; ce qui contribue à la propagation de la maladie.
  • Opérations militaires : l’épidémie est survenue dans un contexte où l’Armée nationale et les Forces des Nations Unies mènent des opérations militaires contre des milices d’origines congolaise et étrangères qui sont dans la région depuis plus de 10 ans. Ces opérations ne permettent pas aux équipes de la riposte de se mouvoir facilement dans la zone.
  • Mobilité humaine: de par leur situation frontalière avec l’Ouganda, Beni et Butembo sont deux villes pourvoyeuses du Nord-Est de la RDC en produits manufacturés en provenance de l’Asie du Sud-Est et de l’Afrique de l’Est. Il en résulte des mouvements intenses des personnes avec l’Ouganda  et toute l’Afrique de l’Est (Kenya, Rwanda, Tanzanie), mais également avec les villes de la région Goma, Bunia, Kisangani, Isiro.
  • Certaines mesures de prévention sont énormément intrusives du point de vue des populations : l’isolement pendant 21 jours des suspects, le suivi des contacts, les vaccins, qui ne sont pas toujours très bien compris et acceptés par la population, le strict respect des enterrements dignes et sécurisés. Il faut tenir compte, par exemple, que le virus reste dans la semence de l’homme plus de 300 jours, le lait maternel, …Cela fait que beaucoup de personnes décident de se cacher ou de cacher les cas suspects par peur de devoir appliquer ces mesures.

C’est pour cela que nous devons les accompagner tout le temps (assistance psycho-sociale, dialoguer avec eux et pour leur expliquer de façon continue qu’est-ce qu’il faut faire, pourquoi et comment). La communauté a besoin à chaque fois, de vraies informations.

 

Effectivement il s’agit d’une lourde tâche et je peux imaginer que les sensibilisateurs se trouvent confrontées à des situations très difficiles. Selon l’information que vous-mêmes nous vous avez fournies, plus de 6.000 bénévoles des groupes paroissiales sont actuellement impliqués dans la sensibilisation. Ils ont reçu, à travers leurs paroisses, les différentes lettres pastorales de leurs Evêques. Et ils les retransmettent à travers leurs communautés Ecclésiales de Base, appelées les Shirika en Swahili. Comment vous les former et accompagner afin qu’ils puissent mener à bien cette noble tâche ?

Dans le but d’augmenter l’engagement de l’Eglise catholique dans le cadre de la riposte contre la maladie à Virus Ebola,  Son Excellence Mgr PALUKU SIKULI Melchisédech, Evêque du Diocèse de Butembo-Beni, par exemple a convoqué tous ses prêtres, au moins deux par paroisse, pour un conseil presbytéral spécial, ayant pour thème: Ebola, un réel défi pastoral. Plus au moins 175 prêtres ont répondu à cette rencontre historique. La rencontre a été animée par les experts d’OMS, de l’UNICEF, du Ministère de la Santé, de Caritas Congo Asbl.

Pour Son Excellence Mgr l’Evêque de Butembo-Beni, tous les prêtres et différents agents de Caritas, doivent « travailler avec professionnalisme et dévouement, toujours fidèle, dans le service envers les pauvres et les vulnérables ». La solidarité envers les familles affectées, le respect de la dignité de chacun, l’empathie et la compassion sont là, les différentes valeurs qui doivent distinguer les différents animateurs de l’Eglise, impliqués dans la riposte.

 En recourant aux structures de l’Eglise Catholique, « le combat contre cette épidémie devra se mener en impliquant les communautés ecclésiales Base ». Dans une communauté Ecclésiale de Base par exemple, tout le monde connait tout le monde. La lutte contre les rumeurs, les résistances ne peuvent se vaincre qu’on collaborant, de façon efficace et étroite avec cette « BASE» de l’Eglise famille de Dieu. La formule pour vaincre cette épidémie, ne peut venir que de la communauté elle-même. Du moment qu’elle a pu percevoir le danger et le risque auquel elle est exposée, elle peut comprendre et adhérer à la stratégie d’engagement communautaire. Le rôle de la Caritas, est dans ce cas de travailler efficacement pour redynamiser les différentes unités de base des Caritas paroissiales, pour une synergie de combat avec les différents volontaires présents dans chaque communauté Ecclésiale de Base pour bouter dehors cette épidémie.

Du moment où les prêtres et les curés ont compris les différents défis pastoraux auxquels ils font face, une fois rentrés chez eux, ils vont une fois de plus restituer les différentes recommandations pastorales de l’Evêque aux fidèles, partager aux fidèles, lors des cérémonies liturgiques, les différents messages clés , exigés par la Coordination de la riposte, compiler et faire le suivi de différents feedbacks communautaires à renvoyer aux équipes de la riposte dans le but d’améliorer la réponse.

Les superviseurs de Caritas ne sont là que pour assurer le renforcement des capacités, organiser des dialogues communautaires à la maïeutique, partager les affiches de sensibilisation.

Comment cela se fait de façon concrète dans les paroisses ?

Les paroisses sont constituées de plusieurs Communautés Ecclésiales de base. Au niveau de chaque Communauté Ecclésiale de Base, on identifie des points focaux – bénévoles qui devront faire partie des cellules d’animation communautaire du village. Les membres de ce comité, constitué des leaders communautaires et autres personnalités influentes du village, ont pour rôle : de promouvoir des mesures préventives par rapport à l’épidémie, assurer le suivi des feedbacks communautaires, assurer les alertes, travailler dans le cadre de la prévention et gestion des réticences communautaires, assurer le suivi des feedbacks communautaires, participer de façon proactive aux différentes prestations en rapport avec la riposte : enterrements dignes et sécurisé, prévention et contrôle de l’infection, surveillance à base communautaire,… Il s’agit des personnes simples, parfois pauvres, mais très engagées avec la communauté et qui peuvent apporter une plus-value dans le cadre de cette riposte.

La prise en compte de la communauté et sa participation conduisent à une meilleure acceptation de la réponse. Cela crédibilise les différentes actions menées, réduit la méfiance entre les agents de la riposte et cette communauté, déjà doublement affectée, pérennise les différentes activités, rends cette communauté plus résiliente, permet une certaine économie de temps et des ressources.

Lors des enterrements dignes et sécurisés par exemple, au début, certains agents de la riposte, non expérimentés, ont imposé certaines mesures sur les communautés à observer lors de l’organisation des enterrements. Cela a créé plusieurs résistances.  A cause de cela, plusieurs décès communautaires ont été cachés. Certains ont même caché leurs cadavres comme bagages  dans un bus, afin d’échapper aux exigences liées aux enterrements dignes et sécurisés, pour aller les enterrer  à un endroit recommandé par la famille. D’autres membres des familles sont même allés déterrer un cadavre, pour vérifier s’il était enterré avec tous ses organes génitaux ; car, il y a eu des rumeurs qui ont circulé que les équipes de la riposte retiraient des organes génitaux des mourants. Ce qui était  faux.

Pourtant, l’enterrement digne et sécurisé, devrait être compris comme un processus par lequel, la famille s’accorde avec les membres de l’équipe de l’enterrement dans le respect de la culture, de la coutume, et des normes sanitaires dans le but de limiter la propagation d’une maladie contagieuse.

La communauté a un rôle très capital à jouer dans le cadre des enterrements dignes et sécurisés.  Raison pour laquelle, les bénévoles de Caritas et ceux de la croix rouge, devront préparer cette communauté à accepter un enterrement digne et sécurisé dans le but de couper la chaine de contamination et de protéger toute la famille.

Les points focaux de Caritas dans les communautés Ecclésiales vivantes, ont à jouer ici un rôle capital, dans la communication avec les familles, et même, dans le respect des différentes étapes liées aux enterrements dignes et sécurisés. Certaines actions peuvent être directement confiées aux familles elles-mêmes.

Pouvez-vous décrire des cas particulièrement difficiles auxquels les équipes de sensibilisation ont dû faire face dans leur travail du jour le jour ?

Aujourd’hui, le cumul des cas a atteint plus de 1800 personnes décédées. Et malgré ce nombre, il y a des gens qui continuent à croire qu’Ebola n’existe pas.

Je connais une famille qui a perdu dans moins de deux semaines, 11 personnes. Ça fait très mal.

Je connais des féticheurs, tradi-praticiens, et tenanciers des chambres des prières qui ont déclaré avoir la capacité de guérir toutes les maladies, même Ebola. Ils ont caché certaines personnes chez eux, et celles-ci sont arrivées au centre de traitement trop tard.

Mais si je comprends bien M. Bofoe, qu’avec le concours de la Caritas, même si la bataille contre les rumeurs reste difficile et même compliquée : as-tu perdu espoir ?

Non, pas du tout. Qui perd l’espoir perd tout. Tandis que celui garde espoir, son travail devient léger (Spe labor levis en latin). Il même aussi plusieurs faits encourageants. Ebola est une maladie grave, mais on peut en guérir, en encourageant la participation de la communauté dans la recherche des cas, en respectant l’isolement des malades, en travaillant dans la promotion des bonnes pratiques par rapport au respect des enterrements dignes et sécurisés, en se faisant vacciner, en accompagnant les équipes de la riposte dans le suivi des contacts. 

A ce jour, nous avons déjà enregistrés plus de 776 personnes guéries. Il est temps pour nous d’humaniser la riposte, et même «d’inculturer » nos différentes activités, tout en tenant compte des feedbacks des communautés, liés aux us et coutumes du milieu. Nous devons augmenter nos dialogues avec elles, afin pour nous de réussir à saisir l’âme de cette communauté. Nous devons toujours rester empathique envers les gens (savoir se mettre à la place de quelqu’un et lui montrer que l’on écoute, qu’on écoute ses problèmes). Nous devons toujours augmenter notre compassion envers les malades et les personnes affectées.

Qu’est-ce que vous demanderiez aux Caritas Diocésaines et Eglises du Nord ?

Aux collègues des Caritas diocésaines, paroissiales, à  nos bénévoles et à tous les hommes de bonne volonté, je les invite à toujours rester professionnels, avec un esprit plein d’empathie et de compassion envers les populations victimes de Ebola, à toujours rester debout et vigilent, prêt à contribuer pour promouvoir la bonne santé sein de nos familles , à toujours collaborer avec les équipes de la riposte dans le but d’éradication de cette épidémie. Nos différents points focaux doivent toujours faire remonter les différentes informations vers les commissions, en vue d’une bonne coordination avec  la stratégie de la riposte.

Et cela ne peut bien marcher que si nous respectons quatre principes fondamentaux : humanité, impartialité, neutralité (non exclusivité de race, de tribu et des religions) et l’indépendance.

Je recommande à nos différents points focaux, de toujours encourager les personnes guéries d’Ebola de témoigner des merveilles de Dieu dans leur vie.

J’invite à la solidarité de tous nos Eglises du nord. Bien sûr il faut des moyens (équipements, supports de sensibilisation, kits de lavage de mains, vivres pour les cas suspects et les malades etc.) pour mieux mener ce combat. Mais ce qui est claire est que l’Église en RDC est la machine de mobilisation communautaire et de sensibilisation par Excellence pour mettre fin à cette épidémie. Cette solidarité internationale, nous permettra, d’augmenter notre capacité d’action, au service des vulnérables.

A toutes nos structures de la région, il temps pour nous de mutualiser nos efforts, de partager nos expériences, de capitaliser les différents canaux de communication de l’Eglise et de documenter les différentes bonnes pratiques, qu’il faudra.

Vous voudriez encore donner un dernier message ?

Il est temps pour nous, agent de Caritas, d’apporter une contribution conséquente pour maintenir  l’Eglise au milieu du village, à travers notre professionnalisme et par la qualité de notre travail. Nous le savons tous, l’identité de Caritas est celle de l’Eglise. Nous devons toujours travailler à l’exemple du Christ, nous devons partager les mêmes préoccupations que tous les autres organismes humanitaires. Mais la plus-value que doit apporter nos actions est que notre charité/CARITAS doit toujours rester fondée sur des valeurs évangéliques : « J’avais faim, tu m’as donné à manger. J’avais eu soif, tu m’as donné à boire. J’étais malade, tu m’as assisté » (Mt 25,35).  C’est  en cela que consiste le vrai secret de Caritas. Et ensemble, nous pouvons mettre fin à cette épidémie.

Propos recueillis par Alicia Fernandez

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