26/03/2019
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Kinshasa, le 11 janvier 2019 (caritasdev.cd) : « Nous prenons acte de la publication des résultats provisoires de l’élection présidentielle qui, pour la première fois dans l’histoire récente de notre pays, ouvre la voie à l’alternance au sommet de l’Etat. Cependant, de l’analyse des éléments observés par cette mission (Ndlr : mission d’observation de la CENCO), nous constatons que les résultats de l’élection présidentielle tels que publiés par la CENI ne correspondent pas aux données collectées par notre mission d’observation à partir des bureaux de vote et de dépouillement ». Telle est la substance du communiqué de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO), publiée quelques heures après la proclamation par la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) desdits résultats jeudi vers 03 heures du matin.

Selon la CENI, ces élections ont été remportées par Félix Tshisekedi  (de la plateforme CACH avec Vital Kamerhe) avec 38,57% des suffrages valablement exprimés, soit 18.280 820 des votants. Le taux de participation a été de 47,56%. Il est suivi par Martin Fayulu (de la coalition LAMUKA avec Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi) avec 6.366.732 des voix (35,2%). Le dauphin de Joseph Kabila, Ramazani Shadari, (du Front Commun pour le Congo) vient en 3ème position avec 23,8% des voix (4.357.359 des voix). Ces résultats provisoires devront être validés par la Cour Constitutionnelle. Mais, ils ne sont pas acceptés par tous.

 « Tous ensemble, disons non au tripatouillage des résultats et non au hold-up électoral. A tous ceux qui ont eu connaissance de la vérité des urnes, particulièrement à la CENCO et à l’ECC, à travers vos observations historiques, nous vous demandons de révéler au peuple congolais et au monde entier, le nom de la personne qui a réellement incarné le choix de notre peuple », a déclaré Martin Fayulu.

Du côté du candidat Emmanuel Shadary, « le Front commun pour le Congo prend acte des résultats de ces élections, lesquelles constitue l’aboutissement d’un processus laborieux qui a déjoué tous les pronostics », a déclaré le conseiller diplomatique du président Kabila, Kikaya Bin Karubi. Intervenant sur Radio Okapi, il a fait cependant remarquer que, « respectueuse des institutions, (sa) plate-forme est en train de réunir tous les éléments pour apprécier l’adéquation de ceux-ci et les résultats proclamer par la CENI et, le cas échéant, lui permettre d’envisager la saisine de la Cour constitutionnelle ».

Le gagnant se veut rassembleur : « Je ne serai pas le président d’un parti politique, l’UDPS, d’une tribu, la tribu Luba. Je serai le président des Congolaises et des Congolais », a déclaré Félix Tshisekedi, peu après l’annonce des résultats provisoires de l’élection présidentielle. « En ce qui concerne ce processus électoral, personne ne pensait qu’il allait se dérouler dans le calme, dans la paix. Tout le monde pensait qu’on allait arriver à l’affrontement, aux violences, à l’effusion de sang. Personne ne pouvait imaginer un tel scénario au cours duquel un candidat de l’opposition allait sortir victorieux. Je suis heureux pour vous ma base, je suis heureux pour le peuple congolais », s’est réjoui le Président élu qui s’exprimait depuis le siège de l’UDPS à Kinshasa.

Réactions en RDC et au niveau international

Pour sa part, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a pris note de l’annonce faite par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) des résultats provisoires de l’élection présidentielle du 30 décembre en République démocratique du Congo (RDC). « Le Secrétaire général appelle toutes les parties prenantes à s’abstenir d’actes violents et à régler tout contentieux électoral par les mécanismes institutionnels établis conformément à la Constitution de la République démocratique du Congo et aux lois électorales pertinentes », a dit son porte-parole, Stéphane Dujarric, dans une déclaration de presse rendue publique mercredi soir depuis New York et cité par  ONU Info.

Même appel au calme du côté du Président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat. Dans un communiqué publié jeudi, ce dernier a souligné la nécessité pour tous les acteurs concernés par le processus électoral en RDC d'agir de façon à consolider la démocratie et à préserver la paix dans le pays. Dans ce contexte, il est important que toute contestation des résultats proclamés, notamment celle portant sur leur non-conformité avec la vérité des urnes, se fasse pacifiquement, par le recours aux procédures prévues par les textes en vigueur et le dialogue politique entre toutes les parties prenantes.

A contrario, le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, a mis en doute jeudi le résultat des élections en République démocratique du Congo, affirmant que la Belgique utiliserait son siège temporaire au Conseil de sécurité des Nations Unies pour demander des éclaircissements sur la victoire de Felix Tshisekedi.   « Nous devons avoir des éclaircissements sur ces résultats, qui sont à l'opposé de nos attentes », a déclaré pour sa part à CNews le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Au lendemain de cette publication, la CENCO calme le jeu : « nous exhortons tout le monde à faire preuve de maturité civique et surtout à éviter tout recours à la violence. En cas d’une éventuelle contestation de ces résultats provisoires par une partie, nous l’exhortons à user des moyens de droit conformément à la Constitution et à la loi électorale », a souligné jeudi le communiqué de la Conférence des Evêques, se disant restée dans les limites de sa mission d’observation électorale et dans le respect de la légalité.

 En fait, pour bien accomplir sa mission, la MOE JPC/CENCO (Mission d’Observation Electorale de la Commission Justice et Paix/CENCO) a déployé plus de 40.000 Observateurs dans tous les centres de vote du pays et s’est dotée d’un Call Center composé de 408 Agents qui étaient en interaction avec ses Observateurs à Court et à Long Terme. Les données collectées ont été analysées par une équipe d’experts pluridisciplinaires et publiées dans la déclaration préliminaire du 03 janvier 2019.

La population congolaise a pour sa part réagi diversement après la publication de ces résultats provisoires. De manière générale, les Congolais  saluent l’alternance démocratique longtemps souhaitée au sommet de l’Etat. Ainsi, des scènes de liesse populaire ont été enregistrées jeudi dans plusieurs villes de la RDC, principalement à Mbuji-Mayi et Kananga, bastion de l’Union pour la démocratie et le progrès Social (UDPS), parti dont est Président le gagnant de cette présidentielle, profitant de l’aura de son défunt père et principal opposant aux régimes Mobutu et Kabila, Etienne Tshisekedi. Même situation à Bukavu et Goma, villes où Vital Kamerhe,  qui a battu camapgane au profit de Tshisekedi, est très populaire.

Néanmoins, certains partisans de Martin Fayulu n’ont pas digéré la défaite de leur candidat et se sont heurtés aux forces de l’ordre à Kikwit, Kisangani et dans quelques quartiers de la banlieue de Kinshasa. Le porte-parole de la Police a parlé de trois morts à Kikwit, un triste bilan doublé par des sources locales. A Kisangani, dans la Tshopo, c’est le domicile d’une responsable provinciale de la CENI qui a été saccagée.

Guy-Marin Kamandji

 

 

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