15/12/2018
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Mweka, le 31 octobre 2018 (caritasdev.cd) : Quelques bénéficiaires de l’aide apportée du 17 au 19 octobre 2018 par la Caritas-Développement Mweka à 430 ménages retournés à Kakenge, avec l’appui financier de la Caritas International Belgique (CI.be), témoignent de son impact réel pour leurs ménages. Il s’agit d’une réponse d’urgence réservée à une alerte lancée par Caritas Mweka, dans le cadre du projet de la « Veille humanitaire » piloté par la CI.be. Caritas Mweka avait en effet fait état des conflits intercommunautaires, ayant provoqué notamment des pertes en vies humaines, des pillages de biens et destruction des habitations. « Maintenant, les conditions de pacification nous semblaient suffisantes pour pouvoir intervenir avec trois types d’aide : des articles ménagers essentiels, des outils aratoires pour participer à la relance agricole et une assistance en cash inconditionnelle afin de compléter sur le marché leurs besoins non couverts par notre intervention », a souligné Mme Emmanuelle Henderyckx, Représentante de la CI.be en RDC.

Mme Emmanuelle Henderyckx
Mme Emmanuelle Henderyckx

Cette aide a ciblé toutes les deux communautés (la tribu Kuba/Mpianga et la tribu Kete) victimes des affrontements interethniques, survenus en janvier dernier dans le Territoire de Mweka, en Province du Kasaï). Sa distribution s’est faite en collaboration avec les acteurs locaux et les communautés bénéficiaires, en vue de « renforcer les efforts de pacification et les initiatives qui ont déjà eu lieu pour que notre intervention consolide cette durabilité », a relevé Mme Emmanuelle Henderyckx.

« La communauté est bien sûr satisfaite pour ceux qui ont bénéficié de l’aide. Mais, les besoins sont énormes. Voilà pourquoi le plaidoyer continue. Cette population a relativement, jusqu’à présent, été peu entendue. L’aide est arrivée par l’appui communautaire, notamment au niveau des Zones de Santé. L’appui peut encore se poursuivre. Et nous menons le plaidoyer pour faire entendre leur voix. Les ménages dans le besoin sont bien au-delà de 430. Nous avons dû réaliser un travail d’identification des ménages extrêmement strict pour pouvoir toucher les plus  vulnérables. Mais, c’est sûr que les besoins ne sont pas totalement couverts », a conclu Mme Emmanuelle Henderyckx.

Ci-dessous, les propos de quelques bénéficiaires de cette assistance de la Caritas ainsi que des autorités politico-administratives et couturières locales.

Mme Thérèse Ngomba Mujabwana, une veuve ayant perdu tous ses biens, y compris son petit élevage. Cette sexagénaire réside au quartier Lokobo I. Sa famille comptait sept

Mme Thérèse Ngomba
Mme Thérèse Ngomba

personnes lors de tristes évènements. «J’étais en réunion d’une commission paroissiale, lorsque les troubles ont commencé. Je suis vite rentrée à la maison. Le lendemain vers 08 heures, ça a repris de plus belle. Nous avons fui en désordre, chacun de son côté, avant de nous retrouver à Kalomba, localité située à 7 kms de Kakenge. Plusieurs personnes restées à Kakenge ont perdu la vie et des biens. A mon retour, je n’ai rien trouvé dans la maison, y compris les chèvres et le poules que nous élevions ». Elle décidera tout de même d’y retourner après un mois, laissant les enfants encore trois mois à Kalomba, où une famille de bonne volonté et compatissante les avait accueillis. Son constat était triste. Tout a été emporté. Avant les troubles, Mme Ngomba vivait de ses champs, fabriquait et vendait aussi du savon artisanal. Sans être native de la région (les « venants »), elle a tout de même subi les effets des affrontements intercommunautaires de fin janvier 2018.

Mr Léon Kemishanga
Mr Léon Kemishanga

Père de dix enfants, dont trois filles, Mr Léon Kemishanga avait trouvé sa maison pillé après ces troubles. Etalant avec joie les biens reçus devant son épouse, Mr Léon Kemishanga a cependant plaidé pour « ses frères » qui n’ont pas pu recevoir cette assistance. « Cela ne va pas vraiment nous sécuriser. Surtout puisque des voisins n’ont pas été ciblés, et pourtant ils sont dans la même situation que moi. Je remercie la Caritas, tout en pensant ce que je peux donner aussi aux autres pour être sécurisés », a-t-il déclaré.

 

  1. Mme Bakabamba : ne pouvant pas s’enfuir, une vieille sert de refuge à ses voisins.

Agée de plus de 80 ans, Mme Bakamba vit avec ses cinq petits-fils. « Quand les troubles ont éclaté, je n’ai pas pu suivre les membres de ma famille dans leur fuite. Je me suis enfermée dans la maison », explique d’entrée de jeu cette personne de troisième âge. 

Mme Bakabamba
Mme Bakabamba

« J’habite près du chef Yambwanga, derrière le Directeur Biema (Ndlr : une manière pour cette vieille de préciser son quartier). Restée seule, Mme Bakabamba avait vraiment des difficultés pour trouver à manger. Elle se débrouillait avec le peu de moyens à sa possession. Elle partait derrière la maison où parfois, faute de légumes dans le potager, elle cueillait n’importe quelles herbes. Elle en est même tombée malade, faisant plusieurs fois la diarrhée. Quand la situation s’était un peu calmée, son fils à Mweka (à environ 60 kms de Kakenge) lui avait envoyé des émissaires lui remettre quelques modestes provisions pour sa survie. Par ailleurs, les assaillants savaient qu’elle vivait seule et sans provisions. « C’est ainsi que personne n’est venue chez moi piller. Bien au contraire, il y a des voisins qui la journée et revenaient la nuit dormir chez moi », relève la vieille. « Je remercie Dieu pour l’assistance reçue. J’ai eu des biens que je ne pensais plus avoir. Maintenant, je suis en mesure de faire face à mes besoins quotidiens », enchaîne-t-elle. Ayant enfoui l’argent reçu dans ses pagnes, évidemment ans avoir bien  retenu le montant qui lui a été pourtant communiqué après comptage, elle dit comment elle allait l’utiliser : « je vais chercher à manger et acheter des vêtements ». A la question sur l’identité du bienfaiteur, elle a répondu poliment n’en rien savoir. Explication lui a donc été donnée : le peuple belge, la Caritas et l’Eglise catholique. « Je remercie tous ces gens et prie Dieu de leur donner beaucoup de biens pour continuer toujours à assister des populations vulnérables », conclut-elle&.

 Mr Pierre Malieng-Malieng Pierre, pasteur de l’assemblée Shekinah Tabernacle de Mbatshi (église branhamiste), marié et père de neuf enfants en vie et deux décédés, déplacé de Nselenge

Mr Pierre Malieng-Malieng
Mr Pierre Malieng-Malieng

vers Mbatshi : « depuis ces jours-là jusqu’aujourd’hui, nous n’avons reçu aucune assistance en dehors de ce qui vient de nous être remis par nos frères, je peux dire nos plus proches parents, qui nous ont engendrés sur le plan scientifique, le Royaume de Belgique, le peuple belge, et l’appui de la Caritas Mweka, venus nous aider avec tous ces biens. Parce que nous n’avions plus rien. En guise de couverture, nous n’avions que la moustiquaire imprégnée d’insecticide. Aujourd’hui, nous avons reçu de Caritas deux couvertures, des gobelets, bidon d’eau ; j’ai même vu une pièce de pagnes wax pour mon épouse qui « est pratiquement nue… ». Le pasteur avait trouvé sa maison en paille détruite, et tous les biens abandonnés par sa famille dans la fuite pillés. Il a plaidé pour les autres sinistrés non servis. « En tant que chrétien, nous essayons de recréer les conditions d’une paix durable. Nous avons eu des réunions, la MONUSCO (Mission de l’ONU pour la Stabilisation de la RDC) a aussi organisé des matchs de football, et le climat est en train de s’améliorer ».

Mr Hyppolite Lobo-Mikobi
Mr Hyppolite Lobo-Mikobi

Mr Hyppolite Lobo-Mikobi, Représentant du chef de groupement Mpianga-Matadi (fils du Chef Shakobe Mayi Munene) a salué l’action de la Caritas : « nous remercions la Caritas, à travers toute la population de la Belgique. Cette aide nous a vraiment enchantés, parce qu’on ne s’y attendait pas. La population a presque tout perdu lors de ces évènements ». Le fils du Chef a confirmé que cette aide a bénéficié à toutes les deux communautés jadis en conflit : « pendant que nous parlons, nos amis de Kalamba sont ici. Le chef de Kalamba lui-même est là. Je ne sais pas si vous nous aviez vus nous serrer la main. Nous sommes tous, les Ba-Mpianga et les Ba-Kete ensemble, en train de bénéficier de cette assistance qui nous est parvenue de la Caritas..». Pour lui, l’éponge est déjà passée, les deux communautés sont décidées à vivre en bonne entente. Et les outils aratoires reçus vont aider à relancer l’agriculture dans ce territoire agricole de Mweka.

Chef Kalamba
Chef Kalamba

Chef Kalamba Mbengele des Ba-Kete« Nous sommes un. Caritas a distribué ces biens à toutes les Communautés, Mpianga et Kete. Ce qui est passé est passé. La Parole de Dieu recommande la paix et la réconciliation, quel que soit le problème survenu ».

Mlle Jeannette Mabintshi : « Nous avons dû fuir, abandonnant tous nos bien », souligne d’emblée cette étudiante. Agée de 22 ans, elle est en 3ème Graduat en Nutrition à l’Institut Supérieur des Techniques médicales (ISTM) de Kakenge. C’est elle qui a été chargée de retirer le cash familial, à la place de sa mère malade. Sa famille compte dix enfants (dont six filles) et habite le quartier Lukubu I. « Nous ne savions pas que les assaillants avaient aussi investi notre quartier.

Mlle Jeannette Mabintshi
Mlle Jeannette Mabintshi

Ils étaient même derrière notre maison. C’est le vacarme et les cris causés par leur attaque chez les voisins qui nous a alertés. Nous nous sommes donc enfuis, abandonnant tous nos biens. Il était 08 heures du matin », raconte-elle. Peu avant, elle se trouvait au marché que les gens étaient en train de déserter. Des combats étaient signalés dans le quartier Nselenge. « J’ai alors vite couru vers la maison où maman, anxieuse, m’attendait pour nous enfuir. Voilà comment nous nous sommes sauvés, sans même fermer la porte de la maison. Papa a eu juste le réflexe de prendre un couperet », poursuit l’étudiante. « Je suis satisfaite de l’aide reçue. Ca va nous faciliter de puiser de l’eau et de mieux réaliser nos travaux ménagers. La couverture me permettra de bien dormir. Tandis que l’argent (Ndlr : 90.000 Francs congolais, soit environ 56 $ US) permettra aux parents de payer les frais scolaires de mes petits frères, même si moi-même je suis dans une situation semblable », a-t-elle conclu, en remerciant la Caritas.

Mme Yenge Mukendi
Mme Yenge Mukendi

Mme Yenge Mukendi, est responsable d’une famille composée de six personnes, dont cinq enfants. Elle dit avoir perdu tous ses biens, pillés lors de sa fuite. Elle remercie la Caritas pour son aide et rends grâce à Dieu pour cela. « Tous ces ustensiles de cuisine, que je viens de recevoir, les habits, les couvertures, … nous n’en avions plus », a-t-elle fait savoir, en arrivant chez elle avec son kit, sous le regard envieux de ses voisins, non servis.

Propos recueillis par Guy-Marin Kamandji

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