15/12/2018
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 Kinshasa, le 22 mars 2018 (caritasdev.cd) : accompagner les Caritas Bunia et Mahagi-Nioka pour arriver à définir ensemble un plan de réponse du Réseau Caritas en s’accordant sur les besoins urgents des personnes déplacées et exprimer la solidarité de la Caritas Congo Asbl aux Evêques de Bunia et de Mahagi-Nioka face à la crise humanitaire dans la Province de l’Ituri,

tels sont les objectifs qui ont conduit une délégation de la Caritas Congo Asbl à Bunia. Elle a été composée de Mr l’Abbe Eric Abedilembe, 1er Secrétaire Exécutif adjoint, et de Mr Emmanuel Mbuna, Coordonnateur National du Service de Promotion du Partage et de Solidarité/Urgences. «La question de la situation humanitaire dans le Territoire de Djugu mérite bien d’être posée (…). En termes des dégâts enregistrés, il faut dire que la situation est catastrophique : enviros 320 personnes tuées, plusieurs villages brulés, plusieurs écoles ont fermé, des Eglises vandalisées, des hôpitaux, centres de santé et champs détruits, la circulation routière entre Bunia et Mahagi coupée, les élèves n’étudient plus », a affirmé le 1er Secrétaire Exécutif adjoint de la Caritas Congo Asbl dans une interview accordée mardi à caritasdev.cd, à lire ci-après dans son intégralité.

 

Une mission de Caritas Congo Asbl en visite de solidarité à Bunia

Guy-Marin Kamandji : Quel était l’objet de votre mission  effectuée récemment dans le Diocèse de Bunia et quand elle a eu lieu exactement?

Abbé Eric Abedilembe : Vous êtes sans ignorer que, depuis décembre 2017, les nouvelles qui provenaient de Bunia faisaient état des tueries à grande échelle, des incendies des maisons, des

Abbé Eric Abedilembe, 1er SEA Caritas Congo
Abbé Eric Abedilembe, 1er SEA Caritas Congo

destructions des lieux de cultes avec comme effets collatéraux un déplacement massif des populations. La situation s’est particulièrement aggravée depuis fin février 2018. Devant ce drame humanitaire, Caritas Congo ne pouvait pas rester insensible. C’est dans ce sens que la mission que nous avons eu l’honneur d’effectuer à Bunia a poursuivi principalement deux objectifs : Avant tout, nous sommes allés exprimer la solidarité de la Caritas Congo aux Evêques de Bunia et de Mahagi qui sont très affectés par la crise humanitaire qui sévit actuellement en Ituri. Il faut le dire, tous les déplacés viennent trouver leur refuge auprès des autorités ecclésiastiques. Les Evêques de Bunia et de Mahagi-Nioka sont donc touchés au cœur de leur pastorale par cette situation. Il était donc normal d’aller leur exprimer la proximité effective et affective de la Caritas Congo Asbl qui est un instrument de la Pastorale caritative de l’Eglise en RDC. Le deuxième objectif de notre mission était d’accompagner les Caritas Bunia et Mahagi-Nioka pour arriver à définir ensemble un plan de réponse du Réseau Caritas à cette crise humanitaire qui n’a pas encore dit son dernier mot, en s’accordant bien entendu sur  les besoins urgents des personnes déplacées. Voilà en deux mots l’objectif de notre mission en Ituri.

 

Plus de 50.000 déplacés à Bunia où Caritas gère un de deux sites

Quelle est la situation humanitaire actuelle dans ce Diocèse, particulièrement dans le Territoire de Djugu ? Auriez-vous des statistiques en termes des dégâts enregistrés ?

La question de la situation humanitaire dans le Territoire de Djugu mérite bien d’être posée. Il convient d’affirmer haut et fort que la situation humanitaire à Djugu, à Mahagi et à Aru, est plus que dramatique. Elle est en même temps préoccupante. Autant il est vrai que les violences n’ont pas encore dit leur dernier mot, autant la population continue à se déplacer sans espoir du lendemain. A cet égard, les déplacés sont sur plusieurs axes. Un nombre important de déplacés se retrouve dans la ville de Bunia qui compte aujourd’hui deux sites, dont l’un est installé près de l’hôpital général avec 1.049 ménages, soit 6. 294 personnes, et l’autre près de la Procure de Bunia avec 350 ménages, soit 2.100 personnes. On retient que la majorité de ces déplacés sont des femmes et des enfants. Quelle que soit l’ouverture de ces deux sites, on retrouve un nombre important des déplacés dans les familles d’accueil. Certaines familles ont même hébergé jusqu’à 50 personnes. Les déplacés cantonnés dans ces deux sites bénéficient d’une petite assistance à ration alimentaire de la part des organisations humanitaires présentes sur le lieu. Caritas Bunia gère d’ailleurs le deuxième site. Mais l’assistance alimentaire octroyée en faveur de ces déplacés n’est pas encore suffisante. Avec le retour de la saison de pluie, il y a risque des maladies d’origine hydrique. Ces déplacés se trouvant dans la ville de Bunia sont estimés à 50.000 personnes.

Qui plus est, d’autres déplacés sont installés dans les paroisses de l’intérieur du Territoire de Djugu comme Fataki, Bule, Drodro, Kasenyi, sans oublier d’autres personnes regroupées en forêt pour se protéger contre les malfaiteurs. Ces zones sont de nos jours inaccessibles aux acteurs humanitaires ; et il est difficile de savoir exactement ce qui s’y passe.

Le troisième groupe de déplacés se retrouve sur le Territoire de Mahagi, notamment sur les axes Nioka-Ngoté, Rety-Djalusene, Ame-Luga, Mokambo, Mahagi-Port, Ngote-Katanga. Ces déplacés se trouvant sur le territoire de Mahagi et même de Aru ne bénéficient d’aucune assistance humanitaire. Ils vivent pour la plupart grâce à la solidarité des familles d’accueil. Il est donc possible qu’une famine s’installe dans la région. Selon le rapport de la Caritas Mahagi-Nioka, les déplacés se trouvant sur le territoire de Mahagi sont environ 60.000 personnes.

Enfin, d’autres personnes ont directement traversé la frontière pour l’Uganda et sont ainsi considérés comme des réfugiés. Ils sont par milliers dans le Diocèse de Hoima en Uganda.

Vous posez également la question des statistiques en termes des dégâts enregistrés. Il faut dire que la situation est catastrophique : environ 320 personnes tuées, plusieurs villages brulés, plusieurs écoles ont fermé, des Eglises vandalisées, des hôpitaux, Centres de santé et champs détruits,  la circulation routière entre Bunia et Mahagi coupée, les élèves n’étudient plus. Voilà ce qui fait dire que le dégât est énorme.

 

Besoins humanitaires multisectoriels, mais surtout sécuritaire !

En quels termes s’expriment les besoins de la population victime de ces atrocités ?

Selon les évaluations faites par les Caritas diocésaines de Bunia et de Mahagi-Nioka, les besoins de la population victimes de ces atrocités s’expriment en deux temps. Dans un premier temps, il s’agit des besoins humanitaires. En effet, les personnes déplacées dorment à la belle étoile. Elles n’ont rien à manger et vivent dans des conditions hygiéniques infrahumaines. De ce point de vue, elles ont besoin d’une assistance humanitaire en termes des vivres, des articles ménagers essentiels, des abris, des installations sanitaires et autres du même genre. Dans un second temps, il s’agit des besoins sécuritaires. De fait, toutes ces personnes ne demandent qu’une seule chose : être sécurisées pour retourner dans leurs villages et continuer à vaquer à leurs activités quotidiennes. Il se dégage donc que le besoin sécuritaire est plus qu’urgent au stade actuel pour permettre à la population de retourner dans les différents villages.

 

Des acteurs humanitaires bien mobilisés, mais certains déplacés inaccessibles

Comment s’organise à ce jour la réponse humanitaire ?

Il faut reconnaitre qu’une réponse humanitaire s’organise déjà localement pour parer à cette crise humanitaire qui sévit en Ituri et plus particulièrement dans la ville de Bunia. Dans la ville de Bunia, la Caritas diocésaine et les autres acteurs humanitaires sont mis en contribution pour une prise en charge de ces déplacés vivant dans les deux sites. Parmi ces organisations, certaines ont la responsabilité de gérer les sites (Caritas Bunia gère le deuxième site), d’autres y apportent des bâches pour la construction des abris de fortune, d’autres enfin apportent des vivres et de l’eau. Il faut dire qu’en ville de Bunia, les acteurs humanitaires sont bien mobilisés pour assister tant soit peu les déplacés. Mais le problème humanitaire et sécuritaire se pose à un titre particulier pour les déplacés se trouvant à l’intérieur du territoire de Djugu où l’accessibilité n’est pas possible ainsi que pour ceux se trouvant sur les territoires de Mahagi, de Aru et pour ceux qui sont réfugiés en Uganda. Ces catégories ne reçoivent jusque-là aucune assistance. Il y a donc lieu de noter aussi que les familles d’accueil contribuent d’une manière substantielle pour offrir une assistance aux déplacés de Mahagi, de Aru et même de l’Uganda. Toutefois, il faut craindre qu’une situation de famine généralisée s’installe dans la région.

 

La contribution du Réseau Caritas et de l’Eglise locale déjà effective

Parlez-nous de la contribution particulière du Réseau Caritas et de l’Eglise Catholique locale ?

Face à la crise humanitaire en Ituri, il convient de remarquer que le Réseau Caritas et les deux Eglises locales de deux Diocèses ne sont pas restées insensibles. De ce fait, au nom du Réseau Caritas, la Caritas Congo Asbl, dans son élan de solidarité, a apporté un appui multisectoriel aux deux Caritas diocésaines, lequel appui a été accompagné d’un geste de solidarité. Pour sa part, la Caritas diocésaine de Bunia ne se contente pas seulement de gérer le site 2, mais c’est également elle qui sert un repas chaud aux déplacés de ce site.

Une des tentes installées par la Caritas au 2ème site à Bunia
Une des tentes installées par la Caritas au 2ème site à Bunia

Quant à la Caritas Mahagi-Nioka, elle a beaucoup contribué dans l’identification des déplacés du Territoire de Mahagi et de Aru. En plus de cela, le Diocèse de Mahagi a également apporté une contribution de 2.000 $ US à la Caritas Bunia comme appui de solidarité. L’Archidiocèse de Kisangani a aussi exprimé sa solidarité en mettant à la disposition de la Caritas Mahagi et de la Caritas Bunia un lot important de friperies à distribuer en faveur de tous ces déplacés. Voilà autant de gestes de solidarité qui prouvent combien la contribution du Réseau Caritas et de l’Eglise catholique locale est engagée. En plus, TROCAIRE (Caritas d’Irlande) apporte un appui financier important aux deux Caritas diocésaines afin d’intervenir en faveur des déplacés. C’est ici peut-être le lieu pour nous de solliciter l’attention des autres Caritas en faveur de tous ces déplacés qui nous parlent par leur situation.

 

La situation humanitaire est bien dramatique en Ituri : « faisons quelque chose pour ces déplacés »

Auriez-vous un message à adresser aux Hommes de bonne volonté et aux Organismes humanitaires en guise de SOS ? Lequel ?

J’ai un seul message à adresser aux hommes de bonne volonté et aux Organismes humanitaires en guise de SOS. La situation humanitaire est bien dramatique en Ituri. Ces hommes et ces femmes déplacés sont nos frères et sœurs. Leur situation doit nous interpeller. Nous devons nous laisser toucher le cœur par leur situation. Chaque organisation, chacun à son niveau doit ouvrir son cœur pour poser un acte de solidarité en faveur de ces hommes et femmes. Conjuguons nos efforts et ensemble faisons quelque chose au bénéfice de ces personnes, de ces enfants et de ces femmes condamnés à errer à travers les pays.

 

Quels étaient les moments forts de votre mission ?

S’il y a un moment fort de notre mission, je dirais que c’était la rencontre avec ces déplacés. Oui, j’ai rencontré les déplacés au site 2 à Mudzi Pela, à Telega à 24 km de la ville et à Mwito. Je dois dire que j’étais touché dans mon être profond.

Des enfants déplacés à Bunia, innoncents, sans espoir face à pareille tragédie
Des enfants déplacés à Bunia, innoncents, sans espoir face à pareille tragédie

J’ai vu des femmes et des enfants couchés à même le sol, abattus par la faim sous la pluie. J’étais littéralement révolté. J’ai eu le sentiment d’impuissance. Pour tout dire, il faut arrêter les violences pour que toutes ces personnes retrouvent leur dignité. Ce qui se passe dans la ville de Bunia et ses environs est inacceptable. Ces personnes déplacées sont mes semblables.

 

Quelle leçon avez-vous tirée de cette rencontre et quelles recommandations auriez-vous formulées à la Caritas Congo Asbl ?

La leçon que je pourrais naturellement tirer est que les violences ne sont pas bonnes. Elles appauvrissent les êtres humains. Elles font souffrir inutilement les innocents. Voilà pourquoi je puis recommander à la Caritas Congo asbl de rester solidaire avec tous ces déplacés et d’accompagner les Caritas diocésaines de Bunia et de Mahagi-Nioka pour qu’une assistance humanitaire soit apportée à toutes ces personnes innocentes condamnées au mouvement intempestif.

 

Auriez-vous quelque chose à ajouter sur votre mission ? 

Au-delà de tout, notre vocation comme Caritas, c’est d’apporter la vie et la vie en abondance aux pauvres. Nous ne pouvons pas nous dire Caritas et croiser les bras devant la souffrance de ces femmes et enfants de l’Ituri. Ces innocents nous parlent à la conscience. Ils n’ont rien fait pour mériter ce triste sort.

Interview réalisée par Guy-Marin Kamandji et décryptée par Nestor Max Lutumba (Stagiaire)

 

 

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