15/11/2019
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Luiza, 02 mars 2018 (caritasdev.cd) : Près d’un an après que le Diocèse de Luiza ait subi les atrocités des miliciens de Kamuina Nsapu, Monseigneur Félicien Mwanama, Evêque dudit Diocèse, plaide pour une réponse humanitaire conséquente à la mesure des dommages enregistrés par la population de cette partie de la RDC.

« Ces attaques ont causé beaucoup de dégâts et beaucoup de morts qui n’ont pas encore étaient dénombrés avec exactitude, puisqu’il y a plusieurs fosses communes sur le Territoire de Luiza… Par ailleurs, beaucoup de maisons, et d’écoles ont été incendiées ou saccagées. Même des structures de santé ont été endommagées », a-t-il déploré dans une interview accordée jeudi 22 février 2018. Le Diocèse de Luiza a une superficie de 33.524 km², autant que toute la Belgique (Ndlr : 30 528 km²). Il compte aujourd’hui environ 2.300.000 habitants. Son siège est situé à 150 km de Kananga, dans la Province du Kasaï Central, au centre de la RD Congo.

Bien que choqué par ces violences inutiles, l’Evêque de Luiza garde espoir : « Au mois de septembre de 2017, je suis parti  d’un bout à l’autre du diocèse, en voiture, pour rassurer mes prêtres, religieux, religieuses et rassurer aussi tous les villageois qui vivaient encore en brousse et en forêt afin de revenir dans leurs villages pour se mettre à les reconstruire ». 

L’aide commence à se mettre timidement en place. Mais, pas assez ; surtout pas au regard d’immenses besoins humanitaires multisectoriels sur le terrain. «En septembre dernier, j’ai trouvé dans une zone pastorale 93 morts en deux mois. Les victimes sont souvent des enfants et femmes ; puisque les centres de santé n’ont même pas de microscopes », relève le prélat. Mgr Félicien Mwanama espère ainsi l’aide des Organisations humanitaires, des Autorités compétentes ainsi que de toutes les personnes de bonne foi. Mais, à côté de cette réponse humanitaire, il y a aussi un travail de réconciliation à mener pour permettre aux villages, voire aux gens d’une même localité, de revivre en paix !

Ci-dessous, l’intégralité de cette interview.

Guy-Marin Kamandji : Nous sommes en février 2018. Ca fera combien de mois depuis que le Diocèse de Luiza a subi le phénomène Kamuina Nsapu ?

Mgr Félicien Mwanama : Le phénomène a d’abord commencé du côté  de l’Archidiocèse de Kananga, voisin immédiat au Diocèse de Luiza. Je me rappelle bien que j’étais en mission de la CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo) à Bruxelles lorsque je recevais pour la première fois au mois de janvier, fin janvier 2007, la nouvelle de l’invasion ou l’entrée des éléments de Kamuina Nsapu sur le territoire du Diocèse de Luiza. Avec un changement des stratégies : puisque jusque-là, ils ne s’en prenaient pas aux Structures de l’Eglise à Kananga. Ils l’ont commencé dans le Diocèse de Luiza, notamment dans la paroisse Saint Matthias de Mubinza où nous avons l’élevage de bovins. Il y avait eu de mort, plus de 30 morts. Ils ont traversé Mubinza pour attaquer la paroisse Saint Boniface de Ngwemba.

19 paroisses saccagées sur 45

 Que dire des conséquences de ces attaques ? Vous les situez autour des premiers mois de 2017 ?

 Nous sommes déjà en février 2017. Alors, les violences se sont poursuivies partout jusqu’à envahir pratiquement tout le Diocèse de Luiza. C’est ainsi que nous aurons au total 19 paroisses saccagées sur les 45. Et tout notre personnel s’était agglutiné, une partie à Luiza et une autre à Muene Ditu. Du côté de Kalomba Saint Antoine, là il y avait des miliciens Kamuina Nsampu au comportement, je dirais, « acceptable », puisqu’ils ne s’en prenaient pas aux Structures de l’Eglise. Au contraire, ils se faisaient soigner dans notre hôpital  qui est à Kalomba. Et voilà ! Ces miliciens ont causé beaucoup de dégâts, beaucoup de morts qui n’ont pas encore étaient dénombrés avec exactitude puisqu’il y a beaucoup de fosses communes sur le  territoire de Luiza.

Par ailleurs, beaucoup de maisons et d’écoles ont été incendiées ou saccagées.Une habitation détruite dans le Diocèse de Luiza Puisqu’après, lorsqu’on réfléchit, il fallait que les jeunes soient à la merci de ces miliciens pour qu’on puisse facilement les coopter (Ndlr : les recruter). Il fallait donc fermer les écoles ou les incendier au besoin. Et quand j’analyse aujourd’hui, je me rends compte qu’au fond, c’est contre l’élite du Kasaï qu’ils s’en prenaient. Parce que si vous travaillez dans la Fonction Publique, vous ne pouvez pas aller au travail ; sinon, on vous décapite. Idem pour un Directeur d’école primaire, les enseignants. Aux prêtres, religieux et religieuses, ils vous demandaient de déguerpir pour qu’ils restent saccager comme ils voulaient. Alors, les conséquences sont nombreuses. Je fais allusion à la destruction des villages. Car, beaucoup de maisons et des villages ont été incendiés.

En quels termes exprimeriez-vous les besoins de la population de votre Diocèse ?

 Au mois de septembre 2017, je suis parti  d’un bout à l’autre du diocèse, en voiture, pour rassurer mes prêtres, religieux,  religieuses et rassurer tous les villageois qui vivaient encore  en brousse et en forêt afin de revenir dans leurs villages pour se mettre à les reconstruire.  

Il y a en outre des structures sanitaires qui ont été endommagées. Le Diocèse de Luiza gère 4 hôpitaux dans le Kasaï Central et 3 autres dans la Lomami. Sur les 7 hôpitaux qui ont été visités,  6 ont été saccagés. Il y a un, où il faut beaucoup de fonds pour pouvoir relancer les activités. Et je ne parle pas des centres de Santé et maternités. Dernièrement, j’ai été dans la paroisse Saint Joseph de Sambwi, à la frontière avec le Diocèse de Kolwezi. J’ai été dans la paroisse de Dibambisha à la frontière avec le Diocèse de Luebo. J’ai trouvé dans une zone pastorale 93 morts en deux mois. Les victimes sont souvent des enfants et femmes ; puisque les centres de santé n’ont même pas de microscopes. Et lorsqu’on fait une fièvre, on ne sait pas si c’est la typhoïde, la malaria. Donc, il y a également un problème de la santé qui se pose ; tout comme celui des enfants qu’il faut ramener à l’école, dans un lieu quand même décent.

Aide humanitaire, mais aussi un travail de réconciliation

Il y a aussi un travail de réconciliation, relevant de la mission de l’Eglise. Puisque la stratégie des éléments de Kamuina Sampu était de profiter de toutes les failles dans les relations humaines. Dès que quelqu’un n’est pas bien avec vous,  ou que vous refusiez de le rejoindre dans ce mouvement, il vient vous décapiter. Donc, il y a un grand travail à faire pour réconcilier certaines tribus,  voire des gens d’un même village qui se sont opposé les uns aux autres.

Le mois passé toujours dans la paroisse  que je viens de citer, on m’avait arrêté dans un village. Je pensais que les deux villages allaient se retrouver ensemble au passage de l’Evêque, mais non. Il fallait que je m’arrête progressivement  dans chaque village. Et j’avais compris là qu’il y a lieu de réconcilier ces villages. Les villages voisins mêmes ne se fréquentent pas. Il fallait que je m’arrête là pour faire réconcilier ces villages.

Que dire de la situation alimentaire ?

Vous savez depuis l’année passée, du janvier jusqu’au mois de juin, les paysans n’ont pas travaillé la terre. La deuxième récolte n’a pas eu lieu. Ils n’ont pas eu le temps de cultiver. Ainsi, au lieu qu’il fasse beau vivre au village en ce moment, avec la récolte des arachides, du maïs, la période des chenilles, etc ; c’est bien le contraire. Quand vous passez dans les villages, vous vous rendez compte qu’il y a beaucoup d’enfants malnutris. Donc, il se pose de problème de prise en charge des enfants et des femmes du point de vue de la nourriture et un certain déficit dans les protéines animales. Puisque, les porcs  et les chèvres dont disposaient les villageois ont été emportés. Si on pouvait injecter quelques porcs et chèvres par-ci par-là, ça permettrait aux villageois de reprendre l’élevage dans les villages, de se nourrir et d’avoir des protéines animales. Voilà de manière ramassée la situation qui prévaut maintenant au Diocésain.

Vous avez dressé un tableau sombre. Mais, quelle a été la réponse humanitaire de la part des institutions publiques, privées ou de l’Eglise ?

Là, je suis désagréablement surpris. Le phénomène a commencé au mois de novembre 2016. Le Président de la République, Joseph Kabila,  avait dit que le Kasaï était une Zone opérationnelle. Et la paix est revenue au mois de juin 2017. Certaines personnes ont fait le retour. Mais, jusqu’au mois d’octobre dernier, les humanitaires n’étaient pas encore arrivés à Luiza.

Mgr Mwanama visitant des habitants du Kasaï réfugiés en Angola voisin
Mgr Mwanama visitant des habitants du Kasaï réfugiés en Angola voisin

Luiza n’a pas vu des humanitaires atterrir !

Le Nonce Apostolique est arrivé lui à Luiza au mois de septembre 2017. C’était un geste prophétique et apostolique. Il voulait montrer que c’était tout un coin de la république en général et du Kasaï en particulier, qui était oublié. S’il y a eu quelques interventions des humanitaires au Kasaï, elles se sont limitées à Kananga et à Mbuji-Mayi, puisque là il y a un aéroport ; et un tout petit peu à Tshikapa également. Luiza n’a pas vu des humanitaires atterrir !

J’ai été voir certains Organismes dénoncer cette situation; montrer que Luiza était le mal servi, le mal aimé ! On m’a fait comprendre que la sécurité n’y était pas assurée ! Or, comme je vous l’ai dit au début, je suis passé d’un coin à un autre de mon diocèse pour rassurer la population, malgré les barrières, pour leur montrer que la situation était redevenue normale. C’est seulement maintenant que j’ai vu timidement atterrir COPI (Coopération italienne) qui a pris quelques aires de santé. Je sais que l’Hôpital Général de Luiza est pris en charge. On y soigne les enfants de 0 à 5 ans gratuitement, ainsi que les femmes enceintes. J’ai aussi vu le Bureau National Catholique de l’Enfance (BNCE) ; mais, dans une paroisse (St Joseph de Masika) sur les 45. On a fait quelque chose du côté de Mwene-Ditu ; mais, seulement en ce lieu. Notre BDOM (Bureau Diocésain des Œuvres Médicales) a demandé l’assistance d’un avocat pour aider les enfants qui avaient été enrôlés dans ce groupe de Kamuina Nsapu afin qu’ils reprennent la vie normale. Il y en a qui avaient des blessures qu’il fallait soigner. Il fallait assurer leur réinsertion sociéconomique.

Donc, ils ont fait quelque chose du côté de Mwene-Ditu, mais au centre-ville...  Comme vous le voyez, Luiza est un diocèse rural qui compte 45 paroisses. Et sur les 45 paroisses, il n’y a que 4 paroisses qui étaient touchées. Les autres  n’ont pas encore reçu de l’aide humanitaire.

Quelle est la carte postale de votre diocèse ?

Le Diocèse de Luiza a une superficie de 33.524 km², autant que toute la Belgique (Ndlr : 30 528 km²). Il compte aujourd’hui environ 2.300.000 habitants. Il se tend sur deux provinces : le Kasaï Central où se trouve le siège du diocèse, Luiza, siège du diocèse mais aussi chef-lieu du Territoire de Luiza ; et la Lomami, avec notamment Mwene-Ditu, Luputa et Wikong. Donc, sur les 45 paroisses, nous avons 22 dans le Kasaï Central et 23 autres dans la Lomami, avec en plus 3 quasi-paroisses, entendez, des communautés déjà desservies par des prêtres, mais que nous n’avons pas encore érigées en paroisse.

Interviewée réalisée par Guy-Marin Kamandji et décryptée par Générose Monatchebe (Stagiaire)

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